AGEFI 23.04.2019

Journaliste : Matteo Ianni

 

L’entreprise spécialisée dans le diagnostic médical, qui appartient à la famille Bertarelli, connait une expansion de ses activités. L’objectif est de transformer le groupe en un groupe médical international, grâce à l’IA. Affidea souhaite développer sa présence en Suisse.

Sur sol helvétique depuis 2007, Affidea Suisse (ex-Euromedic) compte 10 centres de diagnostic à Fribourg, Genève et en Valais. Au plan mondial, l’entreprise est active dans une quinzaine de pays et dispose de 241 centres en propriété exclusive. La firme, dont le siège social se trouve aux Pays-Bas, appartient à des intérêts associés à la famille Bertarelli, qui sont conseillés par le groupe Waypoint Capital. Affidea collabore avec plus de 8000 professionnels en Europe. Leader européen dans l’imagerie médicale, elle connait une expansion de ses activités. La société annonce le désir d’investir en Suisse, et d’étendre son réseau pour la première fois en Suisse alémanique et au Tessin. Entretien avec son CEO pour la Suisse, Manuel Nyffeler. 

Vous avez été nommé en septembre 2018. Quelles ont été vos premières actions?

Les premières actions consistaient à un recentrage des activités en ligne avec la vision que j’ai pour Affidea Suisse. Il s’agissait surtout de resensibiliser les équipes sur le principe que nous faisons partie d’un groupe international, mais que les réalités du terrain sont locales. J’ai donc encouragé les équipes à continuer à développer le service pour nos patients suisses et envisager la fluidification du travail pour répondre à l’après-Tarmed (ndlr: une structure tarifaire pour les prestations ambulatoires médicales en Suisse) et pour soutenir notre taux d’activité tout en faisant face à ces restrictions budgétaires.

 

Affidea a été rachetée en 2014 par Waypoint Capital, holding de la famille Bertarelli. L’idée pour le groupe était de s’étendre notamment dans les pays du Golfe et en Amérique du Sud. Qu’en est-il aujourd’hui?

Nous sommes extrêmement bien positionnés, soutenus par des actionnaires forts avec un engagement à long terme dans le domaine de la santé et avec une vision globale. L’objectif pour Affidea est de consolider ses activités en Europe, en sachant que le groupe a doublé le nombre de centres au cours des 5 dernières années, passant de 120 à 241. Dans cet élan, nous continuons de garder un œil sur tous pays qui seraient pertinents selon notre stratégie.

 

Pour l’heure, vous n’avez donc pas encore pénétré ces nouveaux marchés?
Pas encore. Même si nous sommes en continuelle discussion avec des partenaires sur plusieurs régions.

 

Vous parlez de nonante acquisitions en trois ans. Sur quels marchés européens avez-vous opéré?

Affidea a investi énormément en Italie, en Espagne, au Portugal, en Irlande, mais aussi en Europe de l'Est comme en Hongrie et en Roumanie, cela tant en termes d’acquisitions de sociétés existantes que d’investissement greenfield (ndlr: l’entreprise s'installe dans un pays pour construire de nouveaux centres de diagnostic). Ainsi, l’année dernière seulement, nous avons procédé à l’acquisition d’un important fournisseur de services de soins ambulatoires et de soins de santé aux entreprises en Hongrie, nous avons lancé le concept innovant « Express Care » en Irlande (Express Care prodigue des soins d’urgence pour blessures légères et propose une alternative aux services d’urgence des hôpitaux),  et nous avons également étendu notre offre de télé radiologie au Portugal.

 

Anciennement Euromedic, l’entreprise se nomme Affidea depuis 2015. Quelles autres transformations le groupe a-t-il connues?

Affidea a connu une expansion de ses activités. Si historiquement le groupe était spécialisé dans l’imagerie médicale, aujourd’hui il opère des centres ambulatoires, des centres de radiothérapie ainsi que des laboratoires d’analyse et a beaucoup investi dans la télé radiologie et dans l'intégration de l'IA dans ses opérations. Toutes ces réalisations renforceront la position de la société en tant qu’innovatrice dans le secteur des soins de santé, fondée sur la haute technologie et l’excellence clinique. La vision est de transformer le groupe en un groupe médical international, habilité par l'IA, tout en sachant que le diagnostic médical restera le cœur de nos activités.

 

Nous sommes en pleine période de résultats. Quel bilan de 2018 tirez-vous?

Affidea Suisse ne communique pas ses résultats. Je peux par contre vous dire que 2018 a été une très bonne année. Nous avons pu bénéficier d’un taux de croissance important tant sur les revenus que sur la profitabilité. Cela nous a permis de dégager les sommes d’investissement nécessaires pour notre stratégie de croissance. 

 

À combien se monte la totalité de vos rachats?

Je ne peux pas vous dire la somme totale dépensée. Disons que les transactions se chiffrent en moyenne au-dessus de la barre du million de francs suisses.

 

Que représente la Suisse en pourcentage sur vos activités?

La Suisse représente le 3e marché pour Affidea. Sur sol helvétique, l’entreprise compte 10 centres de diagnostic à Fribourg, Genève et en Valais. Nous avons une position forte sur le marché avec 200 collaborateurs, dont 56 médecins. Notre chiffre d’affaire reflète les remboursements pratiqués en Suisse (Tarmed) et qui sont plus élevés que dans d’autres pays européens en proportion avec le coût de la vie. Nous restons encore sous-représentés par rapport à la présence que l’on peut avoir dans d’autres pays. Nous avons donc encore une marge de croissance très intéressante dans un pays en voie de consolidation tel que la Suisse. 

 

Peut-on en déduire que vous allez y investir prochainement? Lorgnez-vous la Suisse alémanique et le Tessin?

Ma vision pour les cinq ans à venir est de faire d’Affidea Suisse un groupe au niveau national. L’idée est d’arriver donc entre 16 et 19 centres d’ici à la fin 2020.  D’un autre côté, nous regardons la possibilité de créer des centres ambulatoires. Avoir une couverture nationale est inévitable pour pouvoir avoir accès à certains nombres d’opportunités. Avec le projet Tarco (révision tarifaire TARMED) sur le point d’être mis en oeuvre, nous voulons aussi développer des programmes spécifiques avec les assureurs privés.

 

Seriez-vous intéressés par un partenariat public-privé avec les hôpitaux universitaires suisses?

Nous sommes bien entendu intéressés par des partenariats public-privé en Suisse. La société gère déjà le service d’imageries d’hôpitaux publics dans de multiple pays européens et a repris le service de radiologie de l’Hôpital Daler à Fribourg. Il est vrai qu’en Suisse le modèle PPP (partenariat public-privé) n’est pas courant. Mais c’est clairement une voie que nous voulons poursuivre.

 

Comment évolue le marché de la radiologie en Suisse?

Les récentes mesures prises autour des tarifications en radiologie ont sérieusement affecté notre domaine d’activité. Néanmoins, nous opérons dans un segment fortement influencé par la spécialisation, le savoir-faire médical et l’innovation.

Une réduction répétée des prix au niveau national va inexorablement engendrer une dégradation du service rendu et vu l’importance de la radiologie dans le diagnostic, une augmentation des coûts médicaux totaux. Je vois une période de consolidation future, le rassemblement dans des structures permettant de partager les ressources et pallier à l’intensification du travail. De plus, le développement de modèles de médecine intégrée et des partenariats publics-privés sont à prévoir.

 

Vous êtes le leader du secteur de l’imagerie médicale en Europe. Quelles sont les opportunités liées à l’intelligence artificielle?

J’aimerais plutôt parler d’Intelligence augmentée, qui deviendra par ailleurs une réalité dans les 5 à 10 prochaines années. Ma vision est celle d’un support décisionnel qui, au fur et à mesure, va devenir incontournable et dont l’impact se verra sur les tâches répétitives, chronophages et moins techniques. L’IA peut permettre d’être plus efficace tout en garantissant une prise en charge augmentée du patient ainsi que le développement de services de diagnostiques à forte valeur ajoutée.  

 

Affidea a la chance de siéger dans les comités scientifiques de géants dans ce domaine, comme, Microsoft Cloud ou IBM Watson. Nous sommes clairement sollicités par les développeurs de l’IA, grâce à la richesse des données - 13 millions d’examens de diagnostic effectués chaque année au niveau du Groupe. À ce propos, l'entreprise a signé un premier partenariat dans cette voie, en s’associant avec l’entreprise belge Icometrix pour les patients atteints de sclérose en plaques. En utilisant des algorithmes d’IA, nous pouvons mesurer automatiquement le volume du cerveau d’un patient qui définit l’évolution de la maladie, ainsi que les lésions, leur taille et leur emplacement. De cette manière, nous pouvons réduire considérablement le temps nécessaire aux neurologues pour suivre l'évolution de la maladie et recommander un traitement personnalisé pour chaque patient. Ce projet d'IA a démarré dans 4 pays: Suisse, Italie, Portugal et Serbie.